Interview Kaaris – Vice

Avec 50 centimètres de tour de bras, une barbe irréelle et un flow de mercenaire, Kaaris est l’un des seuls rappeurs français contemporains que VICE respecte. À 30 ans, il arrive dans le rap sur un char russe avec des lance-roquettes dans le coffre. Originaire de Sevran, Seine-Saint-Denis, Kaaris rappe depuis le début des années 2000. Après plusieurs apparitions sur des mixtapes de Posca puis d’autres freestyles sur différents labels pétés, il s’est retrouvé l’année dernière en featuring avec Booba sur « Criminel League » avant de sortir Z.E.R.O en mai 2012, le meilleur street-album de rap français de ces cinq dernières années.

D’après sa biographie opaque, Kaaris a fait un tour en Côte d’Ivoire au début des années 2000 alors que le pays était en pleine guerre civile. C’est avec l’envie d’éclaircir tout ça qu’on est rentré en contact avec son nouveau label, Therapy Music, créé spécialement pour lui par 2093, l’un des producteurs de Booba.

Son manager nous a donné rendez-vous à Sevran, entre la Roseraie et Rougemont, les deux cités de la ville où traîne le rappeur. Une fois sur place, on a rencontré Kaaris accompagné de son pote Bizon ; pour l’interview, ils ont demandé à des kids du coin de nous ramener des cannettes de Tropico.

VICE : J’ai entendu du son dans ta caisse en arrivant. T’écoutais quoi ?
Kaaris : Ah, ah. Il y a des trucs que je cherche à cacher parfois. Mais sinon c’est comme tout le monde, c’est les sons qui tournent, c’est 2 Chainz.

« Riot » défonce, mais l’album n’est pas terrible.
Ouais, il y a des trucs bizarres dessus, mais il y a aussi d’autres morceaux pas mal. Il est vraiment fort.

Dans ta biographie, j’ai lu que tu étais en Côte d’Ivoire en 2003 ; tu faisais quoi là-bas ?
J’y étais juste avant la guerre ; je ne m’attendais pas à ça. Quand t’es un jeune banlieusard et que tu vis la vie de rue, la vie de cité, et que tu te retrouves dans un vrai conflit, tu comprends pas. C’était la première fois que j’y allais et je suis tombé sur le conflit direct. Il y a un truc qui m’a semblé chelou là-bas, c’était le camp du 43e BIMa, au sud d’Abidjan.

D’où le titre de la mixtape [43e BIMa, sortie en 2007] ?
Ouais, c’était le camp des militaires français ; putain, c’était bizarre. Quand je suis rentré dans le camp la guerre avait disparu, les gens bronzaient, il y avait des piscines, des petites filles qui faisaient du vélo. Je suis resté là-bas une dizaine de jours, et la différence avec ce que les Ivoiriens vivaient… C’était chaud.

Dans un freestyle d’il y a quelques mois sur Générations, tu dis que t’es parachutiste. T’as fait l’armée ?
Non, je n’ai jamais été dans l’armée.

Ah OK – il n’empêche que ton esthétique s’en rapproche beaucoup.
C’est vrai, c’est tout comme. Quand j’étais là-bas c’était pareil, c’était la guerre. Je n’y suis pas resté dix jours, j’y ai passé un an. Quand ça a commencé à exploser, j’étais dans une ville qui s’appelle Yopougon, et il n’y avait pas d’évacuation pour les ressortissants français. J’ai dû me débrouiller tout seul pour aller de cette ville jusqu’au camp militaire, j’ai dû marcher des kilomètres et des kilomètres. Je me suis démerdé à trouver des voitures parce que plus rien ne roulait dans les rues.

 

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